Billet d’humeur – Les yeux sont le miroir de l’âme


Billets d'humeur / mercredi, février 28th, 2018

Aujourd’hui c’est un article plus intime que je vous écris, un article à coeur ouvert sur mon histoire. Ou plutôt devrais-je dire sur l’histoire de mes yeux, ma différence …

La différence que l’on oublie

Retour en 1994, je viens tout juste de voir le jour lorsque mes parents remarquent une différence dans mon regard. Suite au ballet des rendez-vous médicaux, et après beaucoup d’inquiétudes, le diagnostic tombe : je souffre d’une cataracte. Six ans plus tard, malgré de nombreuses tentatives des médecins, il faut accepter que mon oeil droit ne verra jamais.

Sûrement grâce à tout l’amour qui m’entoure, j’ai grandi avec cela comme n’étant rien de bien grave. Encore maintenant, quand j’entends quelqu’un parler de la perte de vision d’un oeil, c’est ce qui me vient à l’esprit. Certes je suis maladroite, je n’ai pas de notion du relief et mon champ de vision est réduit. J’ai donc mis du temps à apprendre à marcher, à faire du vélo ou encore à conduire mais celà n’a jamais été un frein à ma soif de vivre. J’ai toujours refusé que le mot handicap définisse ma situation, il n’est pas pour moi. C’est peut-être dédramatiser à outrance, mais dans ma tête je réfléchis ainsi : “J’ai perdu un oeil mais bon, on en a deux alors tant pis.”

Ma faiblesse face à ma différence

Et puis, vient l’adolescence et la conscience du regard de l’autre. Ce fût surtout le temps où je me suis rendue compte de ma différence. A 11 ans, ne toujours pas être à l’aise sur un vélo c’est un peu ridicule, en particulier quand on a VTT au collège … En parlant d’EPS, mon cours préféré entre tous c’était le ping pong … Oui papa, je sais qu’on doit dire tennis de table, mais j’ai tellement détesté ce sport que j’ai gagné le droit de l’appeler comme je veux. Je passais mon temps à perdre, à être dernière de la classe et à collectionner les 3 … Mais bon, pas facile de faire mieux quand on ne voit même pas la balle.

Un jour, un de mes profs de sport dira à ma maman que je ne suis pas très sportive. Belle ironie lorsque l’on sait qu’à l’époque je passais dix heures par semaine dans les bassins. L’eau était mon élément, celui où ma différence ne changeait rien.

La différence comme une force

L’avantage avec l’adolescence, c’est que ça passe. La différence qui nous hante laisse place à l’acceptation. Rien ne change vraiment, on apprend juste à vivre avec. On se rend compte que tout le monde se sent différent et que chacun possède une petit chose qu’il rejette. Être adulte, c’est sûrement avoir compris cela.

Je n’en ai jamais voulu à la terre entière car j’avais perdu mon oeil, mais j’ai encore parfois du mal à accepter l’esthétique de cet oeil. Sans être focalisée dessus, cela revient dans ma vie par piqure. Lorsqu’un enfant me demande pourquoi je louche, je lui explique ce qu’il m’est arrivé en lui disant que ce n’est pas grave, tout en sachant que j’aurai toujours ce défaut.

Il paraît que ça ne se voit pas si on ne le sait pas, c’est souvent ce que l’on me dit. Le problème est peut-être que je le sais, donc je le vois. Je me cache alors derrière mes lunettes même si j’aimerai parfois les enlever. Finalement, le blog a été une bonne thérapie. Avant, il était impensable pour moi de me mettre devant un objectif sans les supplications de ma maman. Maintenant, même si je n’ai aucun talent pour ça, je prends du plaisir et je me prête au jeu.

Et puis, il y a cette phrase qui revient bêtement : “les yeux sont le miroir de l’âme”. Quand je l’entends je me demande : “Pourquoi ?”. Pourquoi mes yeux sont comme ça ? Pourquoi mon âme est comme ça ? Maintenant, j’y réponds par une leçon de positivisme un peu niaise mais qui a le mérite de faire du bien au moral. C’est barbant d’être comme tout le monde, alors je dois être fière.

Sur ce je vous laisse méditer et je vous promets de revenir très vite avec un sujet beaucoup plus léger : la Fashion Week.

Je vous embrasse.

Mane

13 réponses à « Billet d’humeur – Les yeux sont le miroir de l’âme »

  1. Bel article Romane ! Je tombe dessus par hasard et je suis touchée…
    Toi ton œil, moi un grain de beauté plus grand que la moyenne, Nous sommes nombreux à posséder un truc qu’on peut tourner en quelque chose qui nous démarque. Ça fait partie de ce qui nous définit en tant qu’être singulier, non ? 😉
    Au plaisir autour d’un verre 😘

    1. Merci ma belle ! Pour ma part j’ai toujours trouvé que ton grain de beauté te donnait du charme ! Mais oui c’est notre singularité qui nous définit en tant qu’être humain alors pourquoi en avoir honte ? 😄

  2. Un très beau témoignage s assumer est la priorité et je suis certaine que vous avez beaucoup de talent merci pour cette brève biographie, bonne journée a vous.
    nouvelle blogueuse

  3. Intéressant mais d’avoir partagé ça avec nous merci :-). Et oui, tout à fait d’accord avec toi, je pense que Giselle Brunchen (aucune idée de l’orthographe exacte) elle même est obsédée par une partie d’elle qu’elle n’aime pas. Pour autant elle s’en moque et donc personne ne le remarque…

    Et puis c’est quand même un tout petit peu plus cool de surmonter avec panache un défaut non ?

    Un de mes roman fétiches (que dis-je MON roman fétiche) c’est Angélique Marquise des Anges. Pas la série nian nian des années 60, le vrai roman. L’histoire d’amour qu’il contient est très paradoxale : comment peut on tomber amoureuse d’un homme vieux, boiteux et défiguré ? Et bien je t’assure que si tu ne kiffes pas Joffrey de Peyrac à la fin du tome 1, c’est vraiment que tu n’as point d’entrailles… et il brille d’autant plus qu’il part avec un handicap…

    Au plaisir de te lire bientôt !
    Alicia

    1. Whaou ! Bon alors très clairement je vais Angélique Marquise des Anges. Merci beaucoup beaucoup pour ce commentaire !!
      A très vite 😘😘

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